Pour faire suite à notre volonté d’échanges avec les galeries de notre salon international de photo d’art et de collection, nous souhaitions initier un recueil de témoignages et d’impressions auprès des photographes représentés sur PhotoMonaco, en leur demandant de répondre à la question : « Pourquoi photographiez-vous ? » En vue d’être publiées sur notre blog, ces réponses diverses et variées constitueront le début d’une petite anthologie contemporaine de la pratique chez tous ces artistes de la lumière. À notre invitation, voici donc les réflexions personnelles de tous ceux qui parmi les photographes concernés ont bien accepté de se prêter au jeu de ce tour d’horizon en forme de point d’interrogation, et ce, par un petit, moyen ou long texte de leur plume ! 

Dominique Jaussein (né le 17 février 1954)

Galerie Darkroom (Nice)

Le goût de la photographie est en moi depuis toujours, mais j’ai vu mon parcours se dessiner au cours du temps en développant peu à peu mon vocabulaire pictural. Mes attentes, mes images, mes regards, sont devenues différents. Pour moi, photographier c’est capter la lumière réfléchie par les êtres, les lieux, les objets, pour faire naître une trace visible, à la fois mystérieuse et familière. Une image… en somme. Souvent une image déjà vue, ce qui facilite sa reconnaissance, son appartenance — portrait, paysage, etc.— et donc sa réussite, alors que dans chaque image je recherche l’unique, le surprenant pour qu’elle soit qualifiée « d’image nouvelle ».  Dans notre monde, devenu un vaste « magasin d’images » nous voyons tous, tous les jours des images nouvelles qui n’existent déjà plus et qui ne se reproduiront jamais. Cette tentation de les saisir est inhérente au désir du photographe qui ramène un bout de réel quand son image donne à voir un « ça a été ». La photographie se veut révélatrice. Saisir la réalité, se l’approprier, c’est notre souhait. Pourtant le photographe que je suis espère montrer bien plus qu’une image. Ce sont là les rapports ambigus entre l’art et la réalité. Susan Sontag écrivait : « De toute façon les images peuvent maintenant renverser les rôles face à la réalité : elles la changent en ombre. Et dans la mesure où elles représentent une ressource illimitée, que ne saurait épuiser tout le gâchis de la consommation, il est d’autant plus nécessaire de leur appliquer le remède de la modération ». Le photographe impose évidemment sa subjectivité dans ses œuvres. Mais une photographie peut-elle révéler autre chose que la réalité ? Pour moi la réponse est oui, car la mise en images éclaire, recadre, manipule, réduit ou agrandit le sujet pour lui donner vie et le faire s’exprimer. Cela s’appelle la lisibilité de l’image. Le lecteur d’images doit, quant à lui, pouvoir s’imprégner de la création et de l’émotion que communique la photographie présentée. Le faire réfléchir et s’interroger, regarder de plus près pour entendre les rumeurs secrètes dégagées et ses sens se réveiller, voilà notre recherche. « N’est-il pas pire qu’analphabète, le photographe qui ne sait pas lire ses propres images », écrivait Walter Benjamin en 1931. Je rajouterais, n’est-il pas pire photographe que celui qui ne procure pas d’émotion au lecteur d’images. À nous d’être en veille pour de nouvelles mises en images et partons à la découverte de cet art, qui épouse et suspend simultanément le cours du temps ! 

Dominique Jaussein, 

Nice, mars 2018.